Bière de ville bière de campagne

C’était en mars dernier, près des Murs à Pêches de Montreuil, une pensée pour le soleil qui m’a brutalement quittée pour me plonger sous la pluie, sans capuche ni parapluie. Merci soleil. Sur cet ancien site horticole, je retrouve Jérôme Martinez pour un petit-déjeuner improvisé sur les meubles de jardin en palette. Tout autour de nous, des silhouettes de bâtiments abritent des associations socio-perma-culturelles, intercalées d’espaces follement verts, qui se débrouillent très bien seules sans toi. Des trucs poussent joyeusement en vrac, d’autres coins sont jardinés. Ici, tu es en ville et tu as envie de te croire à la campagne.

Jérôme a créé la brasserie La Montreuilloise en 2014. François Cariou le rejoint peu après, pour brasser ensemble des bières plutôt classiques anglo-saxonnes avec une touche française évidente, qu’ils vendent et livrent eux-mêmes. Ancré dans la mouvance du manger/boire en bio/local, ils incarnent et revendiquent le statut d’artisans inscrits dans leur quartier. Dès sa création, la brasserie s’est dotée du label Nature & Progrès, davantage une démarche qu’une clamation. Après avoir fait ses classes chez Florent Deneubourg de la brasserie Zymotik (qui a quitté Montreuil avec ses Zymokits pour s’installer vers Cahors), Jérôme a gardé la dimension locale et populaire de la brasserie, tout en développant avec François une présence dans les événements et points de vente bio. Ainsi, en bons voisins, la brasserie répond présent aux projets locaux, qu’ils soient brassicoles, culturels ou simplement festifs et se déplace régulièrement dans les caves à bières pour présenter leurs produits.

A l’instar de la cousine Zymotik, la Montreuilloise propose des ateliers de brassage pour tout public, qui sont pleins à craquer et pour lesquels il faut penser à réserver bien à l’avance. Ils bénéficient d’une notoriété que Jérôme peine à expliquer. Sans doute un capital sympathie non négligeable couplé à un bouche à oreille efficace. Et si tu n’en as pas eu assez, ils ont écrit le bouquin Faire sa bière à la maison, édition Tana, pour poursuivre les travaux pratiques à la maison.

Qu’est-ce qu’on boit ? Les jours de ciel triste, j’ai aimé la Smoked Porter, à siffloter roulée en boule dans mon canapé, parce qu’elle a des airs de consolation. Avec les très beaux jours, je penche vers la Fleur de Montreuil (j’ai goûté la version blé à la Paris Beer Week) qui s’accompagne d’une belle histoire : il était une fois des fleurs de sureau qui envahissaient le quartier autour de la brasserie et paf elles se retrouvèrent dans la bière de la Montreuilloise pour diffuser leur joli goût de bonbon d’été. Saisonnalité oblige, elle n’est pas disponible à longueur d’année, donc si tu la trouves, fais-toi vite une opinion.

Le petit plus, les drêches (restes de céréales après brassage) de la Montreuilloise se retrouvent dans les crackers Résurrection. C’est un projet tout récent, que tu peux soutenir sur Ulule jusqu’à début juillet. Si tu accompagnes les crackers Résurrection de bières Montreuilloise, c’est presque un apéro zéro-déchet.

la-montreuilloise.com