Des bêtes de bières

Tu te souviens de ces chouettes bouteilles trapues avec les bêtes mythologiques dessus. Et du pied de nez (voire mieux) du brasseur qui ne te dit pas le style de bière mais qui te colle un texte plus lyrique qu’informatif au dos. Tu te souviens surtout des bières, parce qu’elles te chuchotent des mélodies tout en t’envoyant bouler quand t’essaies de les fredonner à ton tour.
Elles sont brassées dans le 19ème, à Paris, pas loin du canal. Ici, les portes ouvertes, c’est toute l’année. Les horaires sont sur leur page Facebook, histoire d’être vraiment un commerce de proximité.
Edward et Loïc ont eu de nombreuses vies avant de créer la Brasserie de l’Être. Avec leur allure de roadies aguerris, ils me parlent de leurs bières avec fierté mais sans vantardise. La tronche des bouteilles et l’univers graphique suggèrent des bières bourrines qui titrent fort et qui tabassent. C’est plus subtile que ça. Leurs bières sont des interprétations de styles classiques à qui ils mettent une petite tape sur la joue, histoire de dire, non on va pas faire exactement comme ça mon petit. Jonglant avec une palette d’ingrédients sévèrement sélectionnés (le label Nature et Progrès c’est pas pour rigoler) ils inventent des bières caractérielles mais pas indomptables. Un peu comme si un sphinx venait ronronner à tes pieds, et qu’une salamandre te réclamait des papouilles dans le dos. En plus de leur propre gamme, ils ne manquent pas de projets, brassant pour le Sport Saber League (oui c’est bien ce que tu crois) des bières avec des noms qui appellent des musiques très fortes dans ta tête (Dark Senator, Rebel Scum etc.) ou une bière à la carotte pour le Dernier bar avant la fin du monde. La Feond, dernière née, est une imperial dark saison. Brassée à l’origine pour Les Ombres d’Esteren, univers de jeu de rôles, la nouvelle créature est tellement attachante qu’elle restera peut-être pensionnaire de cette drôle de ménagerie.

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